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Depuis l'année dernière, la France a suscité un
intérêt grandissant pour les arts non-occidentaux contemporains
en accueillant au sein de son territoire de nombreuses
manifestations artistiques dédiées à l'art africain contemporain
et qui en assurent la promotion. En effet, 2005, a vu naître
l'émergence d'expositions telles que “Africa Remix”
organisée par le Centre Georges Pompidou et “Congo sur scène”
qui a élu domicile dans les locaux de l'Hôtel de ville de Paris.
Ces évènements comme d'autre auparavant ont su exposer,
illustrer la scène artistique africaine d'un point de vue
international : en témoignant de façon incontestable de la
présence d'une création contemporaine africaine en Europe et en
Afrique, et en nous présentant une multitude d'artistes qui en
sont issus. Mais cette exposition a soulevé un problème très
important et intéressant, en effet les artistes de la diaspora
africaine en Europe sont confrontés à la question identitaire.
Cette jeune génération d'artistes est originaire du continent
africain, et a choisi de travailler et résider en Europe ; ils
sont par conséquent sujets à une double culture, une identité
mixte. Cette identité qui se revendique en construction laisse
présager progressivement une identité qui s'affirme et s'assume.
Mais cette identité est porteuse de fardeau, en effet cela
devient un souci majeur quand l'identité prend le pas, s'impose
comme une carte d'identité, un passeport pour l'artiste
africain.
Au début des années 80, l'africanité était un secteur porteur
dans le marché de l'art. Tout cet attrait est dû en partie à
l'intérêt exotique qu'on lui confère. En effet un artiste
originaire du continent a longtemps été marqué d'une étiquette
stéréotypée `artiste africain´. Ces artistes ont trop souvent
souffert de cette catégorisation inventée par les Occidentaux,
l'africanité n'existe pas de même que le cliché de l'artiste
africain. Mais progressivement cette marque de fabrique qu'on
leur a attribué a enfermé les artistes, en les ghettoïsant, les
empêchant, leur refusant presque une certaine intégration dans
l'art.
Cette notion a plus au moins fait son chemin durant ces années,
se basant sur un unique critère encore, l'identité. L'identité
d'un artiste prime sur l'artiste lui-même. Un artiste africain
est artiste avant d'être africain, est cela ne fait qu'attribuer
un caractère réducteur à cet art en l'enfermant dans un cliché,
dans une identité, dans une culture. Le cliché de l'artiste
africain ghettoïse un artiste, au lieu de l'universaliser.
L'artiste africain ne travaille pas que pour son identité, il
sait qui il est. Certes l'Afrique est sa source d'inspiration
mais son travail évolue, beaucoup d'artistes africains
travaillent au delà de l'Afrique, s'intéressent à l'Asie, à
l'Inde, à des contrées nouvelles et lointaines de leur
territoire d'origine. Devront-ils toujours camoufler leur art ou
le fait d'être africain, ou prétendre à une autre identité,
exister sous un autre masque, négocier leur identité et leur
rapport avec l'Autre : dilemme ou réalité ?
A quand arrêterons-nous de faire prévaloir l'identité
géographique d'un artiste sur l'identité propre de cet artiste.
L'artiste africain se considère comme un artiste à part entière,
il est artiste avant tout.
Mais le véritable souci majeur de ces artistes est l'étiquette
qu'on leur a attribué et qui a du mal à se défaire, à
disparaître.
L'artiste africain a trop souvent été victime de ce préjugé
identitaire : il est africain donc il fait de l'art africain.
Tout cela n'est-il pas réducteur ? En quoi pouvons-nous
déterminer que telle création, œuvre artistique est estampillée “Africa”,
et donc a été réalisée par un artiste africain ? De même en quoi
pouvons-nous affirmer que leur art est africain, est emprunt
d'une esthétique africaine ? L'artiste parle-t-il africain,
s'adresse-t-il aux africains ? Quand on observe le travail
plastique de certains artistes africains on remarque que dans un
certain cas ils emploient un langage universel. L'œuvre de Bili
Bidjocka en est une preuve, il utilise un simple vêtement comme
une robe ou une veste lui attribuant une symbolique, une
interprétation personnelle. Son œuvre en devient presque
anonyme, de même que son auteur.
Ceci suggère le fait que l'artiste africain est influencé par
l'Afrique, berceau de ses origines, sa terre natale, sa mère
nourricière ; mais ses œuvres ne se résument pas à cela, son
travail évolue. Certes l'Afrique est leur source d'inspiration,
mais beaucoup de ces artistes travaillent au-delà de leur
continent.
Toutes ces causes font que les artistes africains avancent
progressivement ou parfois reculent car ils sont mal perçus, mal
compris par l'art occidental. On les expose ensemble, mais à
quand verrons nous des œuvres africaines dans des musées
européens ? A quand ces artistes auront-il une véritable
reconnaissance sur le marché de l'art contemporain international
?
Ces artistes parlent de leur quotidien, du monde dans lequel ils
vivent, des répercussions aussi bien positives ou négatives que
cela peut avoir sur leur vie d'homme ou d'artiste, des problèmes
qu'ils rencontrent parfois, (racisme, exclusion, intégration,
intolérance… engendrés par cette propre société). Cela devient
presque des cris de colère, d'incompréhension, et d'alerte
envers ce monde. Qu' en attendent-ils réellement ?
Certes ils n'en sont pas des victimes mais ils n'en demeurent pas
moins que tous ces sujets d'actualité, sociaux, tabous laissent
présager une morale qui leur tient à cœur.
Ces artistes sont des citoyens du monde, des messagers, des
porte parole, de leur temps, de leur époque avec tous les
problèmes qui se posent. Ils donnent leur vision de ce monde en
tant qu'artistes, comment ils le perçoivent. Est-ce une Europe
africanisée ou une Afrique européanisée ?
On peut constater que par la suite cette identité est devenue
une barrière et non une frontière à leur art qu'on a toujours
désigné comme un art qui a des buts, des revendications
identitaires. On ne peut pas contester la vocation identitaire
de certains artistes tel que Ingrid Mwangi, artiste
germano-kenyane, qui a adopté son propre langage plastique. En
effet sa démarche est la suivante : elle utilise son corps,
emblème de sa double appartenance culturelle, et médium le plus
visible, créant ainsi un discours, presque un combat contre les
autres, contre les nombreuses injustices dont elle a été
victime. Son corps devient son instrument, sa résonance.
Leur art est avant tout un art qui se veut être une abolition de
toutes les frontières quelles que soient ces frontières.
Pamela Ilponse |