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Il en est, des familles musicales, comme des autres tributs humaines. Chacune a développée, au fil du temps, sa (contre) culture par ses rythmes, ses rites initiatiques, ses rites de passage, ses mythes, ses jeux, ses habitudes. Et si l'attirail musical, scénique, physique et vestimentaire est devenu un de ses signes distinctifs, c'est que la musique, c'est en parti émancipée de la sphère sacrée et de son héritage artistique. Elle est devenue avant tout un langage, un moyen d'expression, de revendication et de différenciation. La musique est le rite par excellence, qui encadre l'excès festif juvénile et sa quête d'identité.
Le Hip-hop, comme les autres tribus musicales - sans doute encore plus, du fait de son environnement violent - a ritualisé un mode d'expression destinés à transformer l'énergie négative des gangs en une énergie positive et constructive au travers d'une nouvelle culture de la rue.

 
P

our comprendre le mouvement Hip-hop, il faut bien percevoir son contexte et son origine.

Tout d'abord, le HIP signifie être dans le coup et le HOP bondir/rebondir ce qui représente complètement l'attitude de cette expression artistique née lors des fêtes de quartier du Bronx à New-York dans les années 70.
Il s'inscrit dans le brassage culturel des ghettos, poussé par la précarité économique et sociale des immigrés africains et latins vers des aspirations plus sociales, communautaires et politiques. Face à la désertion des acteurs politiques, sociaux et économiques, les quartiers ont dû trouver une solution pour "rebondir" et ne pas se laisser détruire par de nombreux fléaux, c'est là qu'Afrika Baambaata promulgue ses valeurs égalitaires, solidaires et non violentes en créant la Zulu Nation. Le but étant de "transformer l'énergie négative des gangs en énergie positive et construire au travers de la nouvelle culture de la rue". C'est la base de la culture Hip-hop résumée par le leitmotive Peace, love and having fun.

Plus directement, l'un des précurseurs du mouvement, Kool Dj Herc en arrivant à New York de Kingston, introduit le système des dico mobiles pour diffuser de la musique dans les rues tout comme le pratiquait en Jamaïque afin d'apporter librement la fête et le bonheur aux habitants. Il développera le break beat afin d'éviter les coupures entre les morceaux, tout en soutenant un Maître de Cérémonie qui scande des slogans afin de motiver le publique. Le MC se met alors à développer l'improvisation de textes rimés en suivant la tradition lyrique des griots africains ce qui donnera naissance au RAP. Un style de danse se développera alors en parallèle, s'inspirant des pas développés par James Brown, basés sur un rythme rapide des pieds appuyés par un centre de gravité proche du sol. Le style se développera grâce aux concours et à l'apport d'influence de danses africaines et sud-américaines (la Capoeira, par exemple). On appellera les B-boys pour Break-Boys. Se rajoutera alors la culture du graff avant tout développée par l'immigration portoricaine et sud-américaine. Le graffeur se réapproprie l'espace urbain en signant son nom ou blaze sur les murs de la ville. þÿ lettrage va alors s'améliorer et donner lieux à une véritable expression artistique, qui peut s'encrer alors dans l'histoire de l'art car regroupant de nombreuses influences (peinture, typographique, etc...) Basquiat peut être considéré à sa manière comme l'un des précurseurs de ce mouvement.

Derrière l'ambiance festive de cette culture, une aura contestataire va alors se développer avec notamment l'arrivée de Grand Master Flash avec la sortie de The Message. Les MC vont alors prendre position dans leurs textes et s'engager socialement afin de critiquer une misère sociale en développement et de soutenir les laisser pour compte.
Le ton va se durcir face à l'immobilisme des institutions, d'où un refus important de l'institutionnalisation de ce mouvement. On va alors voir se développer en parallèle une forme plus rude: le Gangsta-Rap. C'est là, que le mouvement va plus ou moins perdre de son sens, passant de l'expression d'un mal-être social vers le rêve bien souvent utopique d'intégrer les sphères et l'univers du luxe, ce qui est foncièrement en contradiction avec l'esprit originel du Hip-hop. Les rappeurs peuvent alors plus être connus du grand public par un certain battage médiatique que par laures réelles qualités artistiques.

Le Hip-hop s'est tout d'abord construit autour de deux piliers que sont les productions américaines et françaises, quand on voit actuellement émerger les productions espagnoles et latines.
La réalité pluriethnique de la France a fait d'elle le deuxième pôle du mouvement avec des figures fondatrices telles que NTM, I am ou encore Mc Solaar (pour les plus connus du grand publique). Mais malgré les nombreuses possibilités d'originalité qu'offre le territoire français, la scène reste particulièrement bloquée sur Paris ou Marseille, les médias, le publique et les maisons de disque ne faisant que très peu l'effort d'aller défricher ailleurs.
Il est bien sûr un code vestimentaire qui s'est développé autour du mouvement avec des coupes amples et confortables en phase avec une certaine attitude. Certains groupes vont alors créer leur propre marque.

On voit donc se dessiner tout un " territoire " constitué par de nombreuses disciplines représentant les aspirations des nouvelles générations. De nombreuses branches se sont alors développées (le Ragga, le R'n'B, le Groove, le 2step, etc…) pour réussir à connecter avec de nombreux autres genres musicaux, alors que le mouvement a tendance à se faire écraser par les pressions du système culturel et économique actuel, tout en perdant plus ou moins la place qu'il prenait auparavant lors des soirées et des concerts.

Gregory Baumann
Février 2007

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