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C’est plus difficile de produire aujourd’hui qu’il y a 15 ans ?

Oui. Concrètement, il y a depuis quelques années de plus en plus de gens qui veulent entrer dans le métier. Beaucoup d’artistes, beaucoup de techniciens, de producteurs, d’associations, de salles, de cafés etc. La musique passionne. C’est normal. Cependant, il ne peut pas y avoir de la place pour tout le monde, même si, effectivement, il y en a beaucoup dans ces métiers. On peut avoir une société avec beaucoup d’artiste et des démarches 'artisanales' qui cohabitent avec des modes de fonctionnement plus 'commerciaux' comme ceux des grands groupes de communication, de l’industrie du disque ou de l’évènementiel… Sauf qu’aujourd’hui, c’est plus difficile. Il faut arriver 'outillé'. Avant, il suffisait de parvenir à une scène pour débuter. Aujourd’hui cela ne suffit plus. Il faut être bon sur scène. Mais il faut également un site internet. Il faut son blog. Il faut un jeu de photos. Il faut faire du buz. Il faut être hyper motivé. Il faut de bonnes maquettes – parce qu’aujourd’hui tout le monde peut avoir son home studio. Et tout cela, c’est encore à peine suffisant pour se faire programmer dans des salles qui ne sont pas situées dans ta région initiale. Parce qu’elles aussi ont de plus en plus de mal à faire venir du monde, parce qu’il y a de plus en plus d’offres et donc de plus en plus de concurrence.
Il me faut donc, pour lancer de nouveaux projets, trouver de plus en plus d’éléments pour convaincre ceux qui sont à plus de 100, 200 ou 500 km du lieu initial du groupe - de venir voir le spectacle.
Ensuite, l'ensemble du réseau s’est professionnalisé. On nous demande de remplir beaucoup de dossiers administratifs, de la paperasse comme les déclarations préalables des risques prévisionnels. Il faut aussi vérifier que chacun des prestataires – que ce soit pour la technique, la sécurité, le catering etc. – n'emploie pas des gens au noir. Il faut demander les contrats. Et ainsi de suite…
Organiser un concert pour 100 personnes, c’est comme organiser un concert au Zénith. Là, je pense qu’il y a un problème. On demande beaucoup trop aux petites salles, même si évidemment, on ne peut que leur demander de se professionnaliser et de s’organiser. Mais on pourrait aménager cela, parce qu'on crée un déséquilibre. Il y a quinze ans, la billetterie n’était vraiment pas chère, mais on se débrouillait. On avait moins de charges, l’essence était moins chère, l’hôtellerie était moins chère, tout était moins cher! Aujourd'hui, tout a augmenté de manière importante. Sauf le prix moyen du ticket. Je ne parle pas des places à 40 ou 100 €. Je parle des petits spectacles populaires dans des petites ou moyennes salles, pour lesquels 12 ou 15 € est le maximum qu'on puisse demander. Tu connais cela...

C’est toute la problématique des salles dites intermédiaires, notamment à Paris. Parce qu’il n’y a pas de place possible entre les grands spectacles à 50 € et les concerts ou soirées à 10 € dans une salle de 200 / 300 personnes.

C’est un paradoxe. Les gens rechignent à payer plus de 10 € pour venir voir un artiste, mais dés qu’il perce, ils sont prêts à en lâcher 50 €. Soit, tout est vendu à la FNAC et tu n’arrives jamais à avoir une place, soit, la FNAC refuse de te mettre en billetterie parce que tu n’en vends pas assez.
Ce qui fait qu’on est maintenant obligé de trouver d’autres moyens de financement. Et en France, c’est vrai que tu peux en trouver. Il existe de multiples subventions : les régions, le CNV, l’ADAMI etc. Mais cela fait qu’à un moment donné, on se retrouve tous sous perfusion. Aujourd’hui, monter un projet sans subventions, c’est quasiment impossible – ou alors il faut être un très gros producteur. En soit, cela pourrait ne pas être bien grave, sauf que cela induit un effet pervers en changeant les mentalités. Aujourd’hui quand tu montes un projet, tu regardes d’abord si tu peux avoir des subventions. Sinon, tu ne le montes pas. Cela devient du coup malsain. On ne dit plus à un artiste : « Je m’occupe de toi parce que je crois en toi et que dans les années à venir, ça peut marcher ». On lui dit « Je m’occupe de toi, si j’ai les subventions ». Et cela, il faut l’expliquer aux artistes pour qu’ils comprennent ce qui est en jeu. Ce sont les premiers concernés. C’est pour cela que je conseille à beaucoup de jeunes artistes, de reprendre le crachoir. Aujourd’hui, on n’entend parler que les maisons de disques, ou éventuellement les manageurs. Mais si les artistes ne sont pas satisfaits du système, c’est d’abord à eux de l’exprimer et de faire une sorte de révolution culturelle. Nous, on ne peut pas contourner le système. Parce que, contrairement aux maisons de disques et aux éditeurs, les producteurs de concerts ne créent pas d’actif. Un disque tu peux continuer à le vendre 5 ans après et tu as des contrats pour te protéger. Ce n'est pas le cas pour nous. Si un artiste claque la porte, il claque la porte, un point c'est tout. Cela ne veut pas dire que cela ce passe toujours mal. Mais le fait est que les producteurs de concerts ne gardent que très difficilement un artiste qu’ils ont lancé.

Vous n’avez aucun outil pour vous protéger ou vous défendre ?

Il y a actuellement quelques démarches lancées par le PRODISS. Notamment en ce qui concerne, par exemple, le droit de captation de nos spectacles. Aujourd’hui, si un artiste prend, avec le temps, de l’ampleur, une maison de disque va finir par s’intéresser à lui. Et si elle décide, à un moment donné, de lancer un CD ou un DVD live, le producteur ne touche rien. C’est pourtant lui et non le label qui lance généralement l’artiste et produit le spectacle capté. Ce qui n’est évidement pas normal. On en est donc à se battre pour récupérer des points de droits. C’est un peu fort. Les labels agissent comme si la musique et la captation leur appartenait de droit. Ce n’est pas vrai. Cela appartient d’abord à l’artiste. T’en penses quoi toi ?

Le vieux débat de la propriété artistique et intellectuelle. À savoir ce qui prime : l'œuvre à proprement parler - donc immatérielle ou ce qui a été transféré sur du vinyl ou du polycarbonate. Mais, alors que les gros labels continuent à se lamenter et à jeter leur dévolu sur le problème des droits sur internet ou du pear to pear, ne dit-on pas qu’il y a aujourd’hui un retour du public vers les salles de concerts. Ce qui serait finalement aussi un juste retour des choses. Un retour vers l'essentiel de la musique, à savoir la scène?

Oui, c’est vrai, mais cela reste compliqué. Il faut trier dans toutes les offres et avoir son Lylo avec soi.

À propos de scène, peux-tu nous dire quelques mots à propos de votre expérience à la Flèche d’Or ?

La Flèche d’Or, c’est des copains de longue date, puisque je les ai rencontré dés le début. Leur association historique et la SARL se sont retrouvé à un moment donné en conflit pour diverses raisons. Je connaissais bien les deux parties. Mais, tout le monde n’a pas forcément apprécié qu’au bout de quelques mois, après le départ de l’association, je reprenne la programmation puis la production. C'est-à-dire qu’au début, je n’étais que programmateur et très vite je me suis aperçu que cela ne marcherait pas comme cela. J’ai donc demandé à devenir le producteur du lieu. Ce qui fait que cela a commencé à bien marcher. Sauf que très vite, je me suis (à mon tour) fait débouter, puisqu’ils avaient d’autres projets en tête. Cela dit, pour moi c’est une expérience positive. J’ai programmé plein de monde et redressé l’endroit : on est passé de 30 à plus 300 clients par soir, au bout de 6 mois. La méthode était simple : j’ai appelé tous les producteurs du métier pour leur proposer des coproductions – ce qui est assez rare sur Paris pour des salles de cette jauge. On a appelé cela les apéros-concerts en entrée libre à partir de 19h, suivis en deuxième partie, par des concerts avec billetterie pour un prix allant de 5 à 8 euros. Et cela marchait très bien, jusqu’au moment où un nouveau gérant a repris la brasserie et s’est mis tout le monde à dos, en une dizaine de jours. Plus particulièrement, les gars du quartier qui s’occupaient de la sécurité. Il les a pris de haut, histoire de montrer comment cela devait marcher avec lui. Il y avait des gars qui travaillaient à la Flèche d'Or depuis plus de 10 ans. Du coup cela a provoqué une guérilla interne.

Et pour finir le patron de la brasserie s’est retiré et la Flèche d’Or a été revendu…

Encore une fois, les gens qui veulent s’investir dans ce métier, celui de la production de concerts, ont souvent du mal à comprendre qu’il y a un certain nombre de règles à respecter. Si La Maroquinerie 'cartonne' aujourd’hui ce n’est pas par hasard. C’est parce derrière, tu as une véritable équipe qui bosse. C’est un métier.

Pour terminer, revenons-en à liFe liVe. Quelles sont vos perspectives et projets pour 2006 ?

C’est extrêmement simple. Il s’agit pour l’instant de sauver liFe liVe. Nous sommes quasiment en situation de faillite, suite notamment à un certain nombre de dates annulées – par des mairies pour partie et qui donc ne t’indemnisent pas, bien que je doive tout de même payer les artistes - et de lourds impayés du disque venant de la faillite de distributeurs. On a beaucoup de salariés au cachet et cela coûte cher. Nous continuerons donc à réduire les frais à certains postes et surtout irons vers des projets déjà encadrés. J’essaie de travailler de plus en plus avec des labels qui ont besoin d’un partenaire pour organiser des tournées. Donc pour des projets où je ne suis pas tout seul à tout faire.
 

Photos et propos recueillis par  Patrick HERRMANN

 

Voir les photos du concert du 18/12/2005 à l'Elysée Montmartre.

 

Voir aussi :

Le site de liFe liVe

 

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